
REVISTA DE
PSIQUIATRÍA Y PSICOLOGÍA DEL NIÑO Y DEL ADOLESCENTE
ISSN : 1578-1062
Profil épidémiologique des tentatives de
suicide chez les adolescents : étude rétrospective au CHU Mohammed VI de
Marrakech (2021-2025)
Epidemiological profile of
suicide attempts among adolescents: a retrospective study at the Mohammed VI
University Hospital in Marrakesh (2021–2025)
Perfil epidemiológico de las
tentativas de suicidio en adolescentes : estudio retrospectivo en el Hospital
Universitario Mohammed VI en Marrakesh (2021-2025)
DOI: https://doi.org/10.65549/hgh1mj52
Majda
Hafissi (1), Bouchra Aabbassi(1,2),
Fatiha Manoudi(3)
(1)
Équipe universitaire de pédopsychiatrie, CHU Mohamed VI de Marrakech, Maroc.
(2)
Centre de recherche " Santé, enfance et développement" Faculté de
médecine et de pharmacie de Marrakech, Maroc, Université Cadi Ayyad, Marrakech,
Maroc
(3)
Équipe de recherche pour la santé mentale, Faculté de médecine et de pharmacie
de Marrakech, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc
|
Correspondance :
Majda Hafissi. Email : mailto:majdahafissi@gmail.com |
Objectif. Établir le
profil épidémiologique, clinique et évolutif des tentatives de suicide chez les
adolescents pris en charge au service de pédopsychiatrie du CHU Mohammed VI de
Marrakech.
Matériel
et méthodes. Étude rétrospective monocentrique portant sur 131
adolescents âgés de 10 à 16 ans, hospitalisés ou suivis pour tentative de
suicide entre janvier 2021 et décembre 2025. Les données ont été recueillies à
partir des dossiers médicaux et analysées par le logiciel SPSS version 27.
Résultats. L’âge moyen
était de 14,71 ± 1,38 ans avec une nette prédominance féminine (82,4 %). Les
méthodes les plus utilisées étaient l’intoxication médicamenteuse (40,5 %) et
les méthodes violentes (53,4 %). Un conflit familial était le facteur
déclenchant principal (63,4 %). Une dépression chronique était retrouvée dans
environ 40 % des cas. La prise en charge était ambulatoire intensive dans 61,8
% des cas avec une évolution favorable dans la majorité des patients.
Conclusion. Les tentatives
de suicide chez les adolescents à Marrakech s’inscrivent dans un contexte de
vulnérabilité multifactorielle dominée par les troubles dépressifs et la
dysfonction familiale. Un renforcement de la prévention et de la coordination
des soins est nécessaire.
Mots-clés : Tentative de
suicide, Adolescent, Épidémiologie, Pédopsychiatrie, Marrakech
Abstract
Objective .To
establish the epidemiological, clinical and outcome profile of suicide attempts
among adolescents managed in the child and adolescent psychiatry department of
Mohammed VI University Hospital in Marrakech.
Methods. Retrospective single-centre study of 131
adolescents aged 10 to 17 years , hospitalized or followed for a suicide
attempt between January 2021 and December 2025. Data were
collected from medical records and analysed with SPSS
version 27.
Results. Mean age was
14.71 ± 1.38 years with a marked female predominance (82.4 %). The most
frequent methods were medication overdose (40.5 %) and violent methods (53.4
%). Family conflict was the main precipitating factor (63.4 %). Chronic
depression was found in approximately 40 % of cases. Intensive outpatient care
was provided in 61.8 % of cases, with a favourable
outcome in the majority of patients.
Conclusion.
Suicide attempts among adolescents in Marrakech occur in a multifactorial
context of vulnerability dominated by depressive disorders and family
dysfunction. Strengthening primary and secondary prevention, as well as
improving care coordination, is required.
Keywords: Suicide
attempt, Adolescent, Epidemiology, Child and adolescent psychiatry, Marrakech
RESUMEN
Objetivo. Determinar el perfil epidemiológico, clínico
y evolutivo de los intentos de suicidio en adolescentes atendidos en el
servicio de psiquiatría infantil del Hospital Universitario Mohammed VI de
Marrakech.
Materiales
y métodos. Estudio
retrospectivo monocéntrico realizado con 131 adolescentes de entre 10 y 17
años, hospitalizados o en seguimiento por intento de suicidio entre enero de
2021 y diciembre de 2025. Los datos se recopilaron a partir de los historiales
médicos y se analizaron con el programa SPSS, versión 27.
Resultados. La edad media fue de 14,71 ± 1,38 años, con
un claro predominio femenino (82,4 %). Los métodos más utilizados fueron la
intoxicación medicamentosa (40,5 %) y los métodos violentos (53,4 %). El
principal factor desencadenante fue un conflicto familiar (63,4 %). Se
observará depresión crónica en aproximadamente el 40% de los casos. El
tratamiento fue ambulatorio intensivo en el 61,8 % de los casos, con una
evolución favorable en la mayoría de los pacientes.
Conclusión. Los intentos de suicidio entre los
adolescentes de Marrakech se inscriben en un contexto de vulnerabilidad
multifactorial en el que predominan los trastornos depresivos y la disfunción
familiar. Es necesario reforzar la prevención y la coordinación de la atención
sanitaria.
Introduction
L’adolescence est
définie par l’Organisation mondiale de la Santé comme la période de la vie
comprise entre 10 et 19 ans (1) et constitue une étape cruciale
du développement humain, marquée par d’importants remaniements physiques,
cognitifs, émotionnels et sociaux. Bien qu’elle offre de nombreuses
opportunités de croissance et de construction identitaire, cette période représente
également un moment de vulnérabilité accrue aux troubles de la santé mentale (2).
Dans ce
contexte, les conduites suicidaires constituent un problème majeur de santé
publique. La crise suicidaire est définie comme un processus temporaire et
réversible d’épuisement psychique du sujet, dont le risque évolutif est le
passage à l’acte suicidaire (3).
Au niveau
mondial, le suicide représente la troisième cause de mortalité chez les 15-29
ans (4). Au Maroc, les données de l’enquête
Global School-based Student Health Survey (GSHS) 2016
révèlent une prévalence élevée des conduites suicidaires chez les adolescents :
16,0 % ont rapporté des idées suicidaires sérieuses et 14,6 % un plan
suicidaire au cours des 12 derniers mois, avec des taux de tentatives de
suicide particulièrement préoccupants, surtout chez les filles (5).
Les
données nationales sur le suicide accompli restent limitées ; selon les
estimations de l’OMS, le taux de suicide au Maroc est d’environ 3,0 pour 100
000 habitants (6), mais ces chiffres sont
probablement sous-estimés en raison de la sous-déclaration liée aux facteurs
culturels et religieux .La région de Marrakech-Safi compte plus de 4,5 millions
d’habitants, dont une proportion importante d’adolescents. Le CHU Mohammed VI
de Marrakech est le principal centre de référence pour la pédopsychiatrie dans
le sud du Maroc. Le service de pédopsychiatrie assure les consultations, le
suivi ambulatoire et l’évaluation des urgences pédopsychiatriques. Il n’existe
pas, à ce jour, d’unité d’hospitalisation dédiée à la pédopsychiatrie à Marrakech
; Les adolescents nécessitant une hospitalisation sont ainsi orientés vers des
structures disposant de services d’hospitalisation pédopsychiatrique.
À
l’unité ambulatoire de pédopsychiatrie universitaire du CHU Mohammed VI de
Marrakech, nous avons constaté une augmentation du nombre de prises en charge
pour tentative de suicide chez les adolescents. Cependant, malgré cette réalité
clinique, peu d’études ont été menées localement pour décrire précisément le
profil épidémiologique de ces tentatives dans la région. Dans le cadre de ce
travail, nous avons choisi d’étudier les cas cliniques d’adolescents dont la
crise suicidaire a abouti à une tentative de suicide.
Le présent travail a
pour objectif d’établir le profil épidémiologique des tentatives de suicide
chez les adolescents à Marrakech, en décrivant leurs caractéristiques
sociodémographiques, les méthodes utilisées, les facteurs de risque associés,
les circonstances de survenue ainsi que les aspects cliniques et évolutifs.
Cette étude vise à fournir des données locales utiles à l’amélioration du
repérage précoce, de la prise en charge et de la prévention des conduites
suicidaires dans notre contexte.
Matériel et
méthodes
Il
s’agit d’une étude rétrospective descriptive monocentrique portant sur une
période de cinq ans, du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2025.
Ont
été inclus tous les adolescents âgés de 10 à 17 ans, pris en charge à l’unité
ambulatoire de pédopsychiatrie universitaire du CHU Mohammed VI de Marrakech
pour tentative de suicide.
Les
critères d’exclusion étaient : les patients âgés de plus de 17 ans et les cas
de comportements auto-agressifs sans intention suicidaire claire.
Le
choix de la limite d’âge supérieure à 17 ans correspond à l’organisation des
filières de soins au CHU de Marrakech : les patients de 17 ans et plus sont
orientés vers les services de psychiatrie adulte. Les adolescents de 17-19 ans
n’ont donc pas été inclus dans cette série pédopsychiatrique.
Les
données ont été recueillies à partir des dossiers médicaux archivés. Un
formulaire de recueil standardisé a été élaboré, comportant les variables
suivantes :
Les données ont été
saisies et analysées à l’aide du logiciel SPSS version 27.0. Les variables
qualitatives ont été exprimées en effectifs et en pourcentages. Les variables
quantitatives ont été décrites par leur moyenne ± écart-type.
Les variables
qualitatives pouvant comporter plusieurs réponses (notamment les symptômes
cliniques, les facteurs déclenchants, les antécédents et les types de
maltraitance) ont été traitées comme des variables à réponses multiples,
permettant à un même patient d’être comptabilisé dans plusieurs catégories pour
une même variable.
Aucune analyse bivariée
n’a été réalisée en raison du caractère descriptif de l’étude.
L’anonymat et la
confidentialité des données ont été strictement respectés, avec le consentement
des patients et de leurs familles pour l’utilisation des données cliniques à
des fins de recherche et de publication. L’étude a respecté les principes de la
Déclaration d’Helsinki.
Résultats
Notre
étude porte sur 131 adolescents âgés de 10 à 17 ans pris en charge pour
tentative de suicide à l’unité ambulatoire de pédopsychiatrie universitaire du
CHU Mohammed VI de Marrakech entre janvier 2021 et décembre 2025. L’âge moyen
des patients est de 14,71 ± 1,38 ans, avec deux pics de fréquence à 16 ans
(35,9 %) et à 15 ans (28,2 %). La population est majoritairement féminine (82,4
% contre 17,6 % de garçons).
Au
moment de l’admission, le délai moyen entre la tentative de suicide et la prise
en charge en pédopsychiatrie est de 5,63 ± 11,89 jours. Près de la moitié des
adolescents (46,6 %) sont vus le jour même de la tentative, tandis que 61,1 %
le sont dans les deux premiers jours.
Sur le plan
socio-démographique, 6,9 % des adolescents sont scolarisés en primaire, 51,1 %
au collège, 22,9 % au lycée et 19,1 % sont en décrochage scolaire. Le niveau
socio-économique est considéré comme faible dans 58 % des cas et moyen dans 42
% des cas. (Tableau 1)
Tableau 1.
Caractéristiques sociodémographiques
|
Variable |
n |
% |
|
Âge (années) |
||
|
10 ans |
2 |
1,5 |
|
11 ans |
2 |
1,5 |
|
12 ans |
7 |
5,3 |
|
13 ans |
10 |
7,6 |
|
14 ans |
26 |
19,8 |
|
15 ans |
37 |
28,2 |
|
16 ans |
47 |
35,9 |
|
Moyenne ± écart-type |
14,71 ± 1,38 |
— |
|
Sexe |
||
|
Féminin |
108 |
82,4 |
|
Masculin |
23 |
17,6 |
|
Niveau scolaire actuel |
||
|
Primaire |
9 |
6,9 |
|
Collège |
67 |
51,1 |
|
Lycée |
30 |
22,9 |
|
Décrochage scolaire |
25 |
19,1 |
|
Niveau socio-économique
(appréciation clinique) |
||
|
Bas |
76 |
58,0 |
|
Moyen |
55 |
42,0 |
|
Rang dans la fratrie |
||
|
Aîné |
52 |
39,7 |
|
Milieu |
41 |
31,3 |
|
Cadet |
26 |
19,8 |
|
Enfant unique |
12 |
9,2 |
|
Situation familiale parentale |
||
|
Parents mariés vivant ensemble |
74 |
56,5 |
|
Parents divorcés |
37 |
28,2 |
|
Orphelin (un ou deux parents) |
12 |
9,2 |
|
Parents séparés non divorcés |
8 |
6,1 |
4. Antécédents
personnels et familiaux
Les
antécédents personnels et familiaux révèlent une vulnérabilité importante. Un
tiers des adolescents (33,6 %) ont déjà présenté au moins une tentative de
suicide antérieure, avec une répartition de 1 tentative (11,5 %), 2 tentatives
(12,2 %) et 3 tentatives (9,2 %). Des automutilations non suicidaires sont
présentes chez 29,8 % des patients. Des antécédents psychiatriques personnels
sont retrouvés chez 41,2 % des cas, dominés par le trouble dépressif majeur
(31,3 %). Des antécédents toxiques concernent 17,6 % des adolescents,
principalement le cannabis et le tabac. Des antécédents médicaux sont rapportés
dans 8,4 % des cas, notamment l’épilepsie, l’hypothyroïdie, le diabète insipide
ou de type 1, la maladie de Behçet, l’asthme chronique, l’obésité et certaines
maladies auto-immunes.
Sur
le plan familial, des antécédents psychiatriques sont présents dans 32,8 % des
familles, essentiellement la dépression maternelle ; les antécédents de suicide
ou de tentative de suicide dans la famille sont rares (2,3 %). (Tableau 2)
Tableau 2.
Antécédents personnels et familiaux
|
Variable |
n |
% |
|
Tentative de suicide antérieure |
||
|
Non |
87 |
66,4 |
|
Oui |
44 |
33,6 |
|
Nombre de TS antérieures (parmi
les 44) |
||
|
1 |
15 |
11,5* |
|
2 |
16 |
12,2* |
|
3 |
12 |
9,2* |
|
5 |
1 |
0,8* |
|
Automutilations non suicidaires |
||
|
Non |
92 |
70,2 |
|
Oui |
39 |
29,8 |
|
Antécédents psychiatriques
personnels |
||
|
Aucun (RAS) |
77 |
58,8 |
|
Trouble dépressif majeur |
41 |
31,3 |
|
Trouble anxio-dépressif |
4 |
3,1 |
|
Trouble de conduite |
4 |
3,1 |
|
Schizophrénie |
2 |
1,5 |
|
Trouble du comportement alimentaire (TCA) |
1 |
0,8 |
|
Structuration pathologique borderline |
1 |
0,8 |
|
TOC |
1 |
0,8 |
|
Antécédents toxiques |
||
|
Non |
108 |
82,4 |
|
Oui |
23 |
17,6 |
|
Antécédents médicaux |
||
|
Non |
120 |
91,6 |
|
Oui |
11 |
8,4 |
|
Antécédents psychiatriques
familiaux |
||
|
Non |
88 |
67,2 |
|
Oui |
43 |
32,8 |
|
Lien de parenté (parmi les 43) |
||
|
Parent au 1er degré |
34 |
26,0* |
|
Oncle (paternel ou maternel) |
3 |
2,3* |
|
Autres (tantes, cousins, grand-mère, sœur…) |
6 |
4,6* |
|
Antécédents de TS ou suicide
accompli dans la famille |
||
|
Non |
128 |
97,7 |
|
Oui |
3 |
2,3 |
* Pourcentages calculés sur
l'ensemble de la cohorte (N = 131).
Concernant la situation
familiale, 56,5 % vivent avec leurs deux parents mariés et cohabitant, 28,2 %
ont des parents divorcés, 9,2 % sont orphelins d’un ou des deux parents et 6,1
% ont des parents séparés sans divorce. L’environnement familial et relationnel
est fortement altéré. Des conflits parentaux ou une violence domestique sont
rapportés dans 61,1 % des cas, avec une fréquence quotidienne dans 14,5 % et
fréquente dans 40,5 %. La communication familiale est jugée mauvaise ou absente
dans 55,7 % des cas, moyenne dans 38,9 % et bonne dans seulement 5,3 %. Le
soutien parental est perçu comme insuffisant chez 88,5 % des adolescents. Des
difficultés relationnelles avec les pairs (harcèlement scolaire ou isolement)
concernent 40,5 % des patients. L’histoire de maltraitance, toutes formes
confondues, est très fréquente (90,1 %), avec une prédominance de la
maltraitance psychologique (91,6 %), physique (56,5 %) et sexuelle (22,1 %).
(Tableau 3)
Tableau 3.
Environnement familial et relationnel
|
Variable |
n |
% |
|
Conflits parentaux / violence
domestique |
||
|
Non |
51 |
38,9 |
|
Oui |
80 |
61,1 |
|
Fréquence des conflits (parmi
les 80) |
||
|
Fréquent |
53 |
40,5* |
|
Quotidien |
19 |
14,5* |
|
Occasionnel |
8 |
6,1* |
|
Communication familiale |
||
|
Bonne |
7 |
5,3 |
|
Moyenne |
51 |
38,9 |
|
Mauvaise / absente |
73 |
55,7 |
|
Soutien parental perçu |
||
|
Suffisant |
15 |
11,5 |
|
Insuffisant |
116 |
88,5 |
|
Difficultés relationnelles avec
les pairs |
||
|
Non |
78 |
59,5 |
|
Oui (harcèlement scolaire, isolement…) |
53 |
40,5 |
|
Histoire de maltraitance (toute
forme) |
||
|
Non |
13 |
9,9 |
|
Oui |
118 |
90,1 |
|
Maltraitance physique |
||
|
Non |
57 |
43,5 |
|
Oui |
74 |
56,5 |
|
Maltraitance psychologique |
||
|
Non |
11 |
8,4 |
|
Oui |
120 |
91,6 |
|
Maltraitance sexuelle |
||
|
Non |
102 |
77,9 |
|
Oui |
29 |
22,1 |
* Pourcentages calculés sur
l'ensemble de la cohorte (N = 131).
6.
Caractéristiques de la tentative de suicide et orientation initiale
Concernant
les caractéristiques de la tentative de suicide elle-même, le scénario est
établi et planifié dans 62,6 % des cas. L’accès au moyen utilisé est facile
dans 96,2 % des situations. La conscience de la létalité du moyen est présente
chez 63,4 % des adolescents, incertaine chez 25,2 % et absente chez 11,5 %. Un
facteur déclenchant est identifié dans 77,1 % des cas, principalement un
conflit familial (63,4 %), suivi du harcèlement (6,9 %) et du conflit amoureux
(6,1 %). Les idées suicidaires sont très rarement communiquées avant l’acte
(0,8 %). Les symptômes psychiatriques dans les jours ou semaines précédents
sont dominés par l’irritabilité (35,9 %), le repli sur soi (9,2 %) et la
tristesse (5,3 %). Des conséquences somatiques graves (coma, difficultés
cardio-respiratoires ou séquelles neurologiques) sont observées dans 21,4 % des tentatives. Plus de
la moitié des patients (52,7 %) passent par un service somatique (urgences 30,5
%, pédiatrie ou réanimation) avant leur orientation en pédopsychiatrie.
La
méthode la plus fréquente est l’intoxication médicamenteuse (40,5 %), suivie de
l’ingestion de toxiques ou de caustiques (18,3 %), de la pendaison (11,5 %),
des phlébotomies ou coupures profondes (11,5 %), du saut d’une hauteur
importante (9,9 %) et de l’utilisation d’arme blanche (4,6 %). Une méthode
classée comme violente (toute méthode autre que l’intoxication médicamenteuse
pure) est utilisée dans 53,4 % des cas. L’intention déclarée est une volonté de
mourir dans 55 % des cas, un appel à l’aide ou message à l’entourage dans 17,6
%, une pression sur la famille dans 14,5 %, tandis que d’autres motifs sont
plus rares. (Tableau 4)
Tableau 4.
Caractéristiques de la tentative de suicide
|
Variable |
n |
% |
|
Délai TS → admission en
pédopsychiatrie (jours) |
||
|
1 jour |
61 |
46,6 |
|
2 jours |
19 |
14,5 |
|
3 jours |
20 |
15,3 |
|
4–7 jours |
16 |
12,2 |
|
≥ 8 jours |
15 |
11,5 |
|
Moyenne ± écart-type |
5,63 ± 11,90 |
— |
|
Service référent |
||
|
Urgences pédiatriques |
46 |
35,1 |
|
omnipraticien |
27 |
20,6 |
|
Pédiatrie du CHU |
19 |
14,5 |
|
Réanimation pédiatrique |
10 |
7,6 |
|
Médecine légale |
5 |
3,8 |
|
Addictologie |
4 |
3,1 |
|
Autres |
20 |
15,3 |
|
Méthode utilisée |
||
|
Intoxication médicamenteuse |
53 |
40,5 |
|
Ingestion de toxique / caustique |
24 |
18,3 |
|
Pendaison |
15 |
11,5 |
|
Phlébotomie / coupures profondes |
15 |
11,5 |
|
Saut d'une hauteur importante |
13 |
9,9 |
|
Arme blanche |
6 |
4,6 |
|
Intoxication médicamenteuse + saut |
2 |
1,5 |
|
Autres (omission d'insuline, refus
alimentaire, se jeter devant le train) |
3 |
2,3 |
|
Méthode classée violente (hors
intoxication médicamenteuse pure) |
||
|
Non |
61 |
46,6 |
|
Oui |
70 |
53,4 |
|
Scénario établi et planifié |
||
|
Non |
49 |
37,4 |
|
Oui |
82 |
62,6 |
|
Idées suicidaires communiquées
avant l'acte |
||
|
Non |
130 |
99,2 |
|
Oui |
1 |
0,8 |
|
Accès facile au moyen |
||
|
Non |
5 |
3,8 |
|
Oui |
126 |
96,2 |
|
Conscience de la létalité du
moyen |
||
|
Oui |
83 |
63,4 |
|
Incertain |
33 |
25,2 |
|
Non |
15 |
11,5 |
|
Facteur déclenchant identifié |
||
|
Non |
30 |
22,9 |
|
Oui |
101 |
77,1 |
|
Nature du facteur déclenchant
(parmi les 101) |
||
|
Conflit familial |
83 |
63,4* |
|
Harcèlement |
9 |
6,9* |
|
Conflit amoureux |
8 |
6,1* |
|
Échec scolaire |
1 |
0,8* |
|
Conséquences somatiques graves
(coma, réanimation, séquelles) |
||
|
Non |
103 |
78,6 |
|
Oui |
28 |
21,4 |
|
Intention déclarée |
||
|
Volonté de mourir |
72 |
55,0 |
|
Appel à l'aide / message à l'entourage |
24 |
18,3 |
|
Faire pression sur la famille |
19 |
14,5 |
|
Fuir une souffrance insupportable |
11 |
8,4 |
|
Cadre délirant / autres |
5 |
3,8 |
* Pourcentages calculés sur
l'ensemble de la cohorte (N = 131).
8. Diagnostic, type de crise
Le type de
crise est considéré comme psychopathologique dans 57,3 % des cas, psychosociale
dans 35,1 % et psychotraumatique dans 7,6 %. Au terme de l’évaluation, le
diagnostic retenu est majoritairement une dépression chronique (environ 40 %
des cas, dont de nombreuses formes sévères). L’épisode dépressif majeur est
diagnostiqué chez 5,3 % des adolescents. Ces troubles dépressifs sont suivis
par des troubles anxio-dépressifs, des troubles liés à l’usage de substances,
des troubles de conduite et, plus rarement, par une schizophrénie ou un état de
stress post-traumatique. (Tableau 5)
Tableau 5.
Diagnostic, type de crise, prise en charge et évolution
|
Variable |
n |
% |
|
Type de crise |
||
|
Psychopathologique |
75 |
57,3 |
|
Psychosociale |
46 |
35,1 |
|
Psychotraumatique |
10 |
7,6 |
|
Diagnostic principal retenu
(regroupé) |
||
|
Dépression chronique (toutes formes) |
≈ 52 |
≈ 40 |
|
Épisode dépressif majeur (EDM) |
7 |
5,3 |
|
Trouble environnemental / psychosocial |
≈ 33 |
≈ 25 |
|
Adolescence perturbée |
9 |
6,9 |
|
État de stress post-traumatique (PTSD) |
≈ 4 |
≈ 3 |
|
Trouble de conduite |
4 |
3,1 |
|
Schizophrénie |
2 |
1,5 |
|
Autres (anxio-dépressif, TOC, borderline,
bipolaire…) |
≈ 20 |
≈ 15 |
|
Passage par un service somatique
avant pédopsychiatrie |
||
|
Non |
62 |
47,3 |
|
Oui |
69 |
52,7 |
|
Cadre de prise en charge |
||
|
Ambulatoire intensif |
81 |
61,8 |
|
Hospitalisation |
50 |
38,2 |
* Pourcentages calculés sur
l'ensemble de la cohorte (N = 131).
9. Prise en charge thérapeutique
Devant l’absence d’une
unité d’hospitalisation spécialisée en pédopsychiatrie à Marrakech, un suivi
ambulatoire intensif a été mis en place chez 61,8 % des adolescents. Cette
prise en charge repose sur une approche intégrative combinant psychothérapie de
soutien, interventions psychoéducatives et accompagnement familial,
conformément aux recommandations actuelles de prévention des récidives
suicidaires chez l’adolescent, et est organisée sous forme de rencontres
thérapeutiques toutes les 24 h à l’hôpital de jour. Le rythme est ensuite
adapté selon la réponse en phase aiguë (accueil toutes les 48–72 h durant les
quatre premières semaines).
Les adolescents
présentant un risque élevé selon l’évaluation Risque–Urgence–Dangerosité (RUD),
soit 38,2 % des cas, ont été orientés vers des services d’hospitalisation
pédopsychiatrique situés hors de la ville.
Au total, la prise en
charge est ambulatoire dans 61,8 % des cas et une hospitalisation est
nécessaire dans 38,2 % des situations. En ambulatoire, le traitement associe
presque systématiquement une psychothérapie (97 % des cas) à un traitement
pharmacologique.
La fluoxétine (20 mg)
est prescrite en première intention dans les épisodes dépressifs majeurs,
parfois associée à la rispéridone à la dose moyenne de 0,5 à 1 mg, ou à
d’autres antidépresseurs tels que la sertraline.
Par ailleurs, un
atelier psychothérapeutique de groupe dédié à la gestion de la crise suicidaire
est mis en place après la phase aiguë. Cet atelier, désormais proposé
systématiquement à tous les patients, constitue une approche structurée visant
à renforcer les compétences des adolescents en matière de régulation
émotionnelle, d’identification des facteurs déclenchants et de développement de
stratégies d’adaptation. Il s’inscrit dans une perspective de prévention
secondaire et de réduction du risque de récidive suicidaire.
Ce suivi
ambulatoire intensif a permis une stabilisation clinique ainsi qu’une
reprise du fonctionnement psychosocial chez la majorité des adolescents pris en
charge en ambulatoire.
10. évolution
Au terme du suivi,
l’évolution est favorable dans la majorité des cas, avec une résolution de la
crise en moyenne en 3 à 4 semaines et une reprise du fonctionnement chez de
nombreux adolescents. Cependant, 6,9 % des patients sont perdus de vue. Par
ailleurs, quelques patients ont nécessité une réorientation vers
l’hospitalisation en raison d’une évolution défavorable, d’une résurgence des
idées suicidaires ou d’un passage à l’acte (observé dans 2 % des cas).
Discussion
La tentative de suicide représente une urgence médico-psychologique majeure et l'une des problématiques de santé publique les plus préoccupantes à l'échelle mondiale. Sa fréquence élevée, combinée à la gravité de ses conséquences, en fait un phénomène qui ne peut être abordé sans une mobilisation collective et multisectorielle.
L'adolescence
constitue une période de vulnérabilité particulière, marquée par des
bouleversements identitaires, affectifs et neurobiologiques qui exposent le
sujet jeune à un risque accru de passage à l'acte. L'impulsivité, trait
caractéristique de cette tranche d'âge, joue un rôle déterminant dans la
dynamique suicidaire, raccourcissant le délai entre l'idéation et l'acte, et
rendant la prévention d'autant plus urgente et complexe.
Face
à l'ampleur de ce phénomène, une évaluation rigoureuse et une sensibilisation à
tous les niveaux s'imposent : à l'école, au sein de la famille, dans la société
en général, auprès des médecins de première ligne qui constituent souvent le
premier point de contact, et enfin au niveau des services spécialisés de santé
mentale, garants d'une prise en charge adaptée et coordonnée.
Âge et genre :
L’âge moyen de 14,71 ±
1,378 ans, avec deux pic de fréquence à 15 et 16 ans, est concordant avec les
données nationales et internationales. Il se rapproche des résultats de l’étude
Khaloui et al. (2025) à Casablanca qui a rapporté un âge moyen de 15,03 ± 1,35
ans (7). Cette tranche d’âge correspond
à une période de grande vulnérabilité liée aux remaniements pubertaires, aux
pressions scolaires et à l’émergence des troubles thymiques. Une autre étude
marocaine avait cependant rapporté un âge moyen plus bas (12 ans et demi) (8).
Une nette prédominance
féminine est observée dans notre série (82,4 %, sex-ratio F/G = 4,68), ce qui
concorde avec les données de la littérature nationale et internationale qui
reconnaissent le genre féminin comme prédominant dans la réalisation des tentatives
de suicide (6, 7 ,10, 11,12, 13)
Délai
de prise en charge en pédopsychiatrie et services référents
Dans notre étude, le
délai moyen entre la tentative et la prise en charge en pédopsychiatrie est de
5,63 ± 11,89 jours, avec 46,6 % des patients vus le jour même. Ce délai est
plus court que celui rapporté par Khaloui et al. (8,91 jours) (7). le parcours de soins reste
majoritairement via les urgences pédiatriques du CHU (35,1 %), et les services
somatiques, soulignant la nécessité d’une meilleure coordination avec la
pédopsychiatrie pour une évaluation précoce ce qui réduit significativement le
risque de récidive suicidaire (14, 15)
Ce délai observé dans notre série met en évidence un retard fréquent de consultation chez le pédopsychiatre après la référence initiale par le médecin somaticien. Sur le plan clinique, ce retard invite à une réflexion sur les facteurs psychosociaux tels que la honte, la culpabilité ressenties par le patient et/ou sa famille, ainsi que la possible banalisation de l’acte par l’entourage, qui peuvent contribuer à différer la demande ou l’acceptation d’une prise en charge spécialisée.
Niveau
socio-économique
Un niveau
socio-économique bas a été observé dans 58 % des cas, ce qui rejoint les
données de la littérature (5,6, 7). Cependant, ce résultat doit
être interprété avec prudence en raison d’un possible biais de recrutement,
notre structure universitaire accueille majoritairement les patients démunis et
relevant de milieu social précaire.
Facteurs
familiaux et psychosociaux
Les facteurs familiaux
et relationnels sont particulièrement préoccupants : conflits parentaux ou
violence domestique (61,1 %), mauvaise communication familiale (55,7 %),
soutien parental perçu insuffisant (88,5 %) et antécédents de maltraitance
(90,1 %, dont maltraitance psychologique 91,6 %). Ces résultats sont cohérents
avec la littérature récente qui confirme
le rôle majeur de la dysfonction familiale (OR ≈ 1,94) et de la maltraitance
dans les comportements suicidaires des adolescents (17, 18, 19).
Antécédents
personnels et familiaux
Un tiers des
adolescents (33,6 %) avaient déjà réalisé au moins une tentative de suicide
antérieure non suivie, 29,8 % présentaient des automutilations non suicidaires
et 41,2 % avaient des antécédents psychiatriques personnels, dominés par le
trouble dépressif majeur (31,3 %). Ces chiffres sont concordants avec d’autres
études (6,10,20). Les antécédents familiaux de troubles
psychiatriques (32,8 %) constituent également un facteur de vulnérabilité
important (21).
Le retard diagnostique
de la dépression et son absence de prise en charge représentent un facteur
aggravant majeur du risque suicidaire et une tentative de suicide non suivie
d'une référence au pédopsychiatre expose l'adolescent à un risque de récidive d'environ
30 % dans la même année, avec recours à des moyens potentiellement plus
létaux (22). Ces données mettent en
évidence le profil de haute vulnérabilité des adolescents de notre série et
soulignent la nécessité d’une évaluation approfondie, d’un suivi rapproché et
d’une prévention secondaire ciblée chez les patients présentant des antécédents
de tentative et/ou un trouble dépressif majeur.
Caractéristiques
de la tentative de suicide
La prédominance du conflit familial comme facteur déclenchant (63,4 %) n’est pas surprenante dans le contexte socioculturel marocain. Les tensions intrafamiliales, qu’elles soient liées aux conflits parentaux ou aux pressions scolaires, constituent une source majeure de souffrance souvent banalisée par l’entourage. Ces données justifient pleinement l’intégration systématique de la thérapie familiale dans notre protocole de prise en charge.
Ces résultats
concordent avec la littérature internationale qui souligne le rôle central des
conflits familiaux et des adversités précoces (22, 23, 24). Ils plaident en faveur d’une évaluation structurée
du risque suicidaire dès la première prise en charge, notamment
par les médecins de première ligne.
Le caractère
exceptionnel de la communication préalable des idées suicidaires
(0,8
%) est particulièrement préoccupant. Il reflète le
silence qui entoure la crise suicidaire dans notre contexte, lié à la
stigmatisation, à la crainte du jugement familial et à l’absence d’espaces de
parole adaptés aux adolescents. Ce constat souligne l’urgence de développer des
programmes
de sensibilisation en milieu scolaire et familial, afin de
permettre aux adolescents d’exprimer leur souffrance avant le passage à l’acte.
Par ailleurs, la
proportion élevée de méthodes violentes (53,4 %)
et de complications
somatiques graves (21,4 %) est
comparable aux données casablancaises (6). Ces résultats soulignent la gravité
des tentatives dans cette population et renforcent la nécessité d’une
intervention précoce et multidisciplinaire.
Diagnostic et prise en charge
La
prédominance du trouble dépressif majeur comme diagnostic principal (≈ 40 %)
illustre le retard diagnostique fréquemment observé dans notre pratique. En
effet, la dépression de l’adolescent est souvent méconnue, banalisée ou
confondue avec des « difficultés comportementales » ou une « adolescence
perturbée ». Cela conduit à un passage à l’acte suicidaire sans qu’aucune prise
en charge psychiatrique n’ait été initiée au préalable. Ce constat rejoint les
données de la littérature, qui indiquent que seul un tiers des adolescents
dépressifs bénéficie d’un traitement adapté (25).
La prédominance de la
prise en charge ambulatoire intensive (61,8 %) dans notre série reflète avant
tout une contrainte structurelle liée à l’absence d’unité d’hospitalisation
pédopsychiatrique dédiée à Marrakech. Bien que non choisie, cette modalité s’est
révélée efficace dans notre pratique, à condition de s’appuyer sur une
organisation rigoureuse du suivi (rythme rapproché initial, coordination
pluridisciplinaire et implication active de la famille). Cette approche
ambulatoire est privilégiée chaque fois que le risque suicidaire et le niveau
de fonctionnement de l’adolescent le permettent, l’hospitalisation étant
réservée aux formes sévères ou à haut risque (26).
Notre approche
thérapeutique multimodale associe psychoéducation, guidance parentale,
psychothérapies (psychodynamique, cognitivo-comportementale
et interpersonnelle) et pharmacothérapie si indiquée. La psychoéducation des
familles, axe central de notre intervention, a permis d’améliorer l’adhésion
thérapeutique et de réduire les facteurs de vulnérabilité environnementaux,
confirmant les données de la littérature sur l’efficacité des approches
multidisciplinaires précoces (20, 25, 26).
Le taux de
perdus de vue (6,9 %) s’explique principalement par la stigmatisation
persistante des troubles psychiatriques, les difficultés socio-économiques
limitant l’accès aux soins, l’éloignement géographique et le sentiment
d’amélioration précoce incitant à l’arrêt du suivi. Or, l’absence de suivi
après une première tentative suicidaire multiplie significativement le risque
de récidive au cours de l’année, souvent avec des moyens plus létaux (22). Ce constat plaide en faveur de la
mise en place de stratégies actives de maintien du lien thérapeutique,
notamment par des contacts téléphoniques systématiques et une coordination
renforcée avec les médecins de première ligne.
Conclusion
et perspectives
Les tentatives de
suicide chez les adolescents s’inscrivent souvent dans un contexte de
vulnérabilité multifactorielle dominée par les troubles dépressifs, la
dysfonction familiale, la maltraitance et la précarité et bien d’autres
facteurs. Elle souligne l’urgence de renforcer la prévention (repérage
scolaire, sensibiliser les familles et des jeunes sur la santé mentale et la
suicidalité), d’améliorer la coordination des soins et de développer des unités
spécialisées en crise. Des études prospectives multicentriques et qualitatives
sont nécessaires pour mieux adapter les stratégies de prévention au contexte
marocain en se focalisant sur la détection des populations à risque et le
développement de stratégies multidisciplinaires de santé globale à l’âge pédiatrique.
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