Période
d’étude
: 2021-2026
Non-suicidal
self-harm behaviors among adolescents attending the child and adolescent
psychiatry clinic at the Mohammed VI University Hospital in Marrakesh: a
retrospective descriptive study of 50 cases
Study period:
2021–2026
Conductas
de autolesión no suicida en adolescentes atendidos en la consulta de
psiquiatría infantil del Hospital Universitario Mohammed VI de Marrakech:
estudio retrospectivo descriptivo de 50 casos
Periodo de estudio: 2021-2026
Ibtissam Hsaini¹, Bouchra
Aabbassi¹˒², Fatiha Manoudi³
1 Équipe universitaire de pédopsychiatrie, CHU Mohamed VI de Marrakech, Maroc.
2 Centre de recherche « Santé, enfance et développement », Faculté de médecine et de pharmacie de Marrakech, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc.
3 Équipe
de recherche pour la santé
mentale, Faculté de médecine
et de pharmacie de Marrakech,
Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc.
Reçu :
02/10/2026
Accepté :
07/10/2026
|
Objectif. Décrire le profil épidémiologique, clinique et
psychosocial des adolescents présentant des
comportements d’automutilation non suicidaire suivis en consultation de
pédopsychiatrie au CHU Mohammed VI de Marrakech, ainsi que les caractéristiques
des gestes, leur siège anatomique, les comorbidités psychiatriques, les
facteurs psychosociaux et les modalités de prise en charge.
Matériel et méthodes. Étude rétrospective
descriptive monocentrique portant sur 50 adolescents suivis en consultation de pédopsychiatrie entre
2021 et 2026. Les critères
d’inclusion concernaient les patients âgés de 9 à 17 ans présentant
une automutilation non suicidaire documentée. Les données ont été recueillies à partir des dossiers médicaux
à l’aide d’une
fiche d’exploitation standardisée et analysées de façon descriptive.
Résultats. Les 50 adolescents inclus étaient âgés de 13 à 17 ans.
L’âge moyen était de 15,28 ± 1,14 ans et l’âge moyen de début des automutilations de 13,62 ± 1,26 ans. Les filles représentaient 68 % de l’échantillon. Les conduites étaient
répétitives ou récurrentes chez 76 % des adolescents et un facteur déclenchant
était identifiable chez 80 %. Les membres supérieurs étaient concernés chez 92
% des adolescents, avec une prédominance de l’avant-bras gauche. La fonction la
plus fréquente était le soulagement d’une tension émotionnelle. Les troubles de
l’humeur, les troubles du sommeil et les troubles anxieux constituaient les
principales comorbidités. Les conflits familiaux et les difficultés avec les pairs
étaient fréquemment retrouvés.
Conclusion. Dans cette population clinique
ambulatoire, l’automutilation non suicidaire apparaît
comme une conduite précoce, souvent répétitive et fortement liée aux
difficultés de régulation émotionnelle.
L’évaluation doit intégrer les comorbidités psychiatriques et le contexte
familial et relationnel. La prise en charge repose sur un accueil clinique
structuré, la recherche des facteurs sous-jacents, la psychothérapie, la
psychoéducation, la guidance parentale, les ateliers thérapeutiques de groupe,
le traitement des comorbidités et un suivi ambulatoire rapproché adapté au
niveau de risque.
Mots-clés : automutilation ; adolescent
; pédopsychiatrie ; santé mentale.
ABSTRACT
Objective. To describe the epidemiological, clinical and
psychosocial profile of adolescents exhibiting non-suicidal self-harm behaviours who are being treated at the child and
adolescent psychiatry clinic at the Mohammed VI University Hospital in
Marrakesh, as well as the characteristics of the acts, their anatomical
location, psychiatric comorbidities, psychosocial factors and treatment
approaches.
Materials and methods. A single-centre,
retrospective, descriptive study involving 50 adolescents treated in the child
and adolescent psychiatry clinic between 2021 and 2026. Inclusion criteria were
patients aged between 9 and 17 years with documented non-suicidal self-harm.
Data were collected from medical records using a standardised
data collection form and analysed descriptively.
Results. The 50 adolescents included were aged between 13 and 17 years. The mean age
was 15.28 ± 1.14 years and the mean age at onset of self-harm was 13.62 ± 1.26
years. Girls accounted for 68 per cent of the sample. The behaviours
were repetitive or recurrent in 76 per cent of the adolescents, and a trigger
was identifiable in 80 per cent. The upper limbs were involved in 92 per cent
of adolescents, with a predominance of the left forearm. The most common
purpose was to relieve emotional tension. Mood disorders, sleep disorders and
anxiety disorders were the main comorbidities. Family conflicts and
difficulties with peers were frequently reported.
Conclusion. In this outpatient clinical population, non-suicidal
self-harm appears to be an early-onset behavior, often repetitive and strongly
linked to difficulties with emotional regulation.
The assessment must consider psychiatric comorbidities
and the family and relational context. Management is based on a structured
clinical assessment, identification of underlying factors, psychotherapy,
psychoeducation, parental guidance, therapeutic group workshops, treatment of comorbidities
and close outpatient follow-up tailored to the level of risk.
Keywords: self-harm; adolescent; child and adolescent psychiatry; mental health
RESUMEN
Objetivo. Describir el perfil
epidemiológico, clínico y psicosocial de los adolescentes que presentan
conductas de autolesión no suicida y que son atendidos en la consulta de
psiquiatría infantil del Hospital Universitario Mohammed VI de Marrakech, así
como las características de las conductas, su localización anatómica, las
comorbilidades psiquiátricas, los factores psicosociales y las modalidades de
tratamiento.
Material y métodos. Estudio retrospectivo descriptivo
monocéntrico realizado con 50 adolescentes atendidos en la consulta de
psiquiatría infantil entre 2021 y 2026. Los criterios de inclusión se referían
a pacientes de entre 9 y 17 años que presentaran una autolesión no suicida
documentada. Los datos se recopilaron a partir de los historiales médicos
mediante una ficha de registro estandarizada y se analizaron de forma
descriptiva.
Resultados. Los 50 adolescentes incluidos
tenían entre 13 y 17 años. La edad media era de 15,28 ± 1,14 años y la edad
media de inicio de las autolesiones, de 13,62 ± 1,26 años. Las chicas
representaban el 68 % de la muestra. Las conductas eran repetitivas o recurrentes
en el 76 % de los adolescentes y se pudo identificar un factor desencadenante
en el 80 %. Las extremidades superiores se veían afectadas en el 92 % de los
adolescentes, con predominio del antebrazo izquierdo. La función más frecuente
era el alivio de la tensión emocional. Los trastornos del estado de ánimo, los
trastornos del sueño y los trastornos de ansiedad constituían las principales
comorbilidades. Los conflictos familiares y las dificultades con los compañeros
eran frecuentes.
Conclusión. En esta población clínica
ambulatoria, la autolesión no suicida se presenta como una conducta precoz, a
menudo repetitiva y estrechamente relacionada con las dificultades de
regulación emocional.
La evaluación debe tener en
cuenta las comorbilidades psiquiátricas y el contexto familiar y relacional. El
tratamiento se basa en una atención clínica estructurada, la identificación de
los factores subyacentes, la psicoterapia, la psicoeducación, la orientación
parental, los talleres terapéuticos en grupo, el tratamiento de las
comorbilidades y un seguimiento ambulatorio estrecho adaptado al nivel de
riesgo.
Palabras clave: autolesión; adolescente;
psiquiatría infantil; salud mental.
L’automutilation non suicidaire (Non-Suicidal
Self-Injury, NSSI) correspond à une atteinte
intentionnelle et directe de son propre corps, réalisée sans intention de
mourir et en dehors de pratiques socialement ou culturellement admises [1]. Elle survient
préférentiellement à l’adolescence, avec un pic de fréquence au milieu de cette période. Dans
les populations psychiatriques adolescentes, les conduites répétitives sont
particulièrement fréquentes [1,2].
Cette fréquence ne doit pas conduire à banaliser le
comportement. Même en l’absence d’intention suicidaire au moment du geste, la NSSI peut survenir
au cours d’une crise émotionnelle aiguë, devenir
répétitive, provoquer des lésions somatiques, retentir sur le fonctionnement
scolaire et relationnel et s’associer à des troubles psychiatriques ainsi qu’à
un risque suicidaire ultérieur [1,3]. Certaines situations nécessitent donc une
évaluation urgente de la gravité somatique, du niveau de crise, de l’intention
du geste, des comorbidités et des capacités de protection de l’environnement. La
NSSI est un phénomène multifactoriel et trans-diagnostique. La régulation émotionnelle,
l’autopunition et l’expression d’une souffrance figurent parmi les fonctions
les plus décrites [1,3,4]. Les expériences adverses de l’enfance, les
difficultés familiales, le harcèlement et la symptomatologie dépressive sont
également associés à ces conduites [5,6]. Dans la même unité de pédopsychiatrie
du CHU Mohammed VI de Marrakech, des automutilations non suicidaires avaient
été retrouvées chez 29,8
% des adolescents pris en charge pour tentative de suicide, illustrant le chevauchement clinique possible entre les deux
phénomènes [7].
Dans ce contexte, notre travail vise à mieux caractériser
les automutilations non suicidaires observées chez les adolescents suivis en
consultation de pédopsychiatrie à Marrakech, afin d’en préciser les
caractéristiques cliniques, les facteurs associés
et les modalités de prise en charge dans notre pratique.
L’objectif principal était
d’établir le profil épidémiologique, clinique et psychosocial des comportements d’automutilation non suicidaire chez les adolescents suivis en consultation de pédopsychiatrie au CHU
Mohammed VI de Marrakech.
Les objectifs secondaires étaient de décrire
l’âge de début,
le caractère répétitif et le siège
anatomique des gestes, d’identifier les facteurs déclenchants et les
fonctions rapportées, de rechercher les principales comorbidités psychiatriques
et dimensions cliniques, d’explorer les facteurs familiaux et psychosociaux et
de décrire les modalités de prise en charge.
Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive
monocentrique réalisée à l’unité ambulatoire de pédopsychiatrie universitaire du CHU Mohammed
VI de Marrakech, sur la période 2021-2026.
Ont été inclus
les patients âgés de 9 à 17 ans
reçus en consultation de pédopsychiatrie et présentant au moins un comportement d’automutilation
non suicidaire documenté dans le dossier médical. Le caractère non suicidaire correspondait à l’absence d’intention de mourir
au moment du geste. Les idées suicidaires
ou antécédents de tentative de suicide,
lorsqu’ils existaient à un autre moment de
l’évolution, étaient distingués de l’intention associée au geste automutilatoire étudié.
Étaient exclus les patients âgés de moins de 9 ans ou de
plus de 17 ans, les dossiers insuffisamment renseignés pour caractériser le comportement automutilatoire, les comportements auto-agressifs avec intention suicidaire au moment de l’acte, les conduites
indirectes ne correspondant pas à une lésion corporelle intentionnelle directe
ainsi que les pratiques socialement ou culturellement admises.
Les données ont été recueillies à partir des dossiers médicaux
archivés au moyen
d’une fiche d’exploitation
standardisée. Les variables étudiées
concernaient :
· Les données sociodémographiques et scolaires : âge, sexe,
lieu de résidence, situation parentale, niveau socioéconomique,
rendement et absentéisme scolaires.
· Les caractéristiques des automutilations: âge de début, ancienneté, caractère répétitif ou récurrent,
récence, nécessité de soins somatiques et siège anatomique.
· Les facteurs déclenchants, les fonc-tions
rapportées, le soulagement après l’acte et le retentissement scolaire ou
social.
· Les comorbidités psychiatriques et les dimensions cliniques: troubles de l’humeur, anxiété, psychotraumatisme, troubles alimentaires, troubles du
sommeil, impulsivité, dysrégulation émotionnelle, estime de soi et irritabilité
· Les facteurs psychosociaux : traumatismes, maltraitance
ou négligence, harcèlement, conflits familiaux, difficultés avec les pairs, isolement
social, utilisation problématique d’Internet et soutien familial.
· Les modalités de prise en charge et le plan de suivi.
Pour l’analyse du siège anatomique, les formulations présentes dans les dossiers
ont été regroupées en
grandes régions : avant-bras, bras, association bras-avant-bras, membre
inférieur et abdomen. La latéralité a été conservée lorsqu’elle était précisée.
L’analyse était descriptive. Les variables qualitatives ont été exprimées en effectifs et en pourcentages.
Les variables quantitatives ont été décrites par leur moyenne ± écart-type et
leurs extrêmes. Lorsque l’information était
manquante, le dénominateur valide
était pris en compte. Aucune analyse causale n’a été réalisée.
L’anonymat et la confidentialité des données ont été
strictement respectés. Le consentement des patients et de leurs parents ou
représentants légaux a été recueilli pour l’utilisation des données cliniques à des fins de recherche. Les données ont été exploitées de manière anonymisée. Aucun conflit
d’intérêts n’a été déclaré dans le cadre de ce travail.
Les 50 adolescents inclus étaient âgés de 13 à 17 ans,
bien que les critères d’inclusion autorisent les âges de 9 à 17 ans.
L’âge moyen était de 15,28 ± 1,14
ans et l’âge de 15 ans était le
plus représenté (36%)
Les filles représentaient 68 % de la population. Trente
et un adolescents (62 %) résidaient à Marrakech en milieu urbain. Les parents
étaient mariés ou vivaient ensemble chez 58 % des adolescents. Le niveau
socioéconomique était moyen chez 74 %. Parmi les dossiers renseignés, un
rendement scolaire faible
était retrouvé chez 40,4 % et
un absentéisme modéré
ou important chez 56,3%.
Tableau 1. Caractéristiques sociodémographiques et scolaires
de la population étudiée.
|
Variable |
n |
%
/ valeur |
|
13 ans |
1 |
2,0 |
|
14 ans |
13 |
26,0 |
|
15 ans |
18 |
36,0 |
|
16 ans |
7 |
14,0 |
|
17 ans |
11 |
22,0 |
|
Âge moyen
± ET |
15,28 ± 1,14 |
13-17 ans |
|
Filles |
34 |
68,0 |
|
Garçons |
16 |
32,0 |
|
Marrakech urbain |
31 |
62,0 |
|
Autres zones
/ environs |
19 |
38,0 |
|
Parents mariés / ensemble |
29 |
58,0 |
|
Parents séparés / divorcés |
17 |
34,0 |
|
Parent décédé |
4 |
8,0 |
|
Niveau socioéconomique moyen |
37 |
74,0 |
|
Niveau socioéconomique faible |
13 |
26,0 |
|
Rendement scolaire faible |
19/47 |
40,4 |
|
Absentéisme modéré
ou important |
27/48 |
56,3 |
L’âge moyen de début des automutilations était de 13,62 ±
1,26 ans, avec des extrêmes de 11 et 16 ans.
L’ancienneté moyenne était
de 1,44 ± 0,84 an. Une automutilation au cours des 12 derniers
mois était retrouvée chez 88 % des adolescents
et un épisode récent chez 60 %. Le comportement était répétitif ou récurrent
chez 76 %. Des soins somatiques avaient été nécessaires chez 16 %.
Un facteur déclenchant identifiable était retrouvé chez
80 % des adolescents. Le conflit familial était le facteur déclenchant
principal le plus fréquent (24 %),
suivi des conflits ou ruptures avec les pairs et des ruptures
affectives (14 % chacun), puis du stress scolaire (10 %). La fonction
principale était le soulagement d’une tension émotionnelle (34 %), suivie de la réduction de l’anxiété ou de la tristesse (18
%).
L’expression d’une souffrance et l’auto-punition
représentaient chacune 12 %. Un soulagement temporaire après l’acte était
rapporté chez 58 % des adolescents et le retentissement scolaire ou social était modéré ou important chez 60
%.
Tableau 2. Caractéristiques des comportements d’automutilation non suicidaire.
|
Variable |
n |
% / valeur |
|
Âge de début, moyenne ± ET |
13,62 ± 1,26 |
11-16 ans |
|
Ancienneté, moyenne ± ET |
1,44 ± 0,84 |
0-3 ans |
|
Automutilation dans les 12 derniers
mois |
44 |
88,0 |
|
Épisode récent |
30 |
60,0 |
|
Caractère répétitif/récurrent |
38 |
76,0 |
|
Soins somatiques nécessaires |
8 |
16,0 |
|
Déclencheur identifiable |
40 |
80,0 |
|
Conflit familial comme
déclencheur principal |
12 |
24,0 |
|
Conflit/rupture avec
les pairs |
7 |
14,0 |
|
Rupture affective |
7 |
14,0 |
|
Stress scolaire |
5 |
10,0 |
|
Soulager une tension émotionnelle |
17 |
34,0 |
|
Réduire anxiété/tristesse |
9 |
18,0 |
|
Exprimer une souffrance |
6 |
12,0 |
|
Auto-punition |
6 |
12,0 |
|
Soulagement temporaire après l’acte |
29 |
58,0 |
|
Retentissement modéré/important |
30 |
60,0 |
Les membres supérieurs constituaient de très loin la localisation prédominante. Une atteinte du membre
supérieur était retrouvée chez 46 adolescents sur 50 (92 %). Chez 45 adoles-cents (90 %), les lésions
étaient exclusi-vement localisées aux bras et/ou aux avant-bras. L’avant-bras gauche constituait
le siège précis le plus fréquent, retrouvé chez 13
adolescents (26 %). Une localisation exclusivement gauche du
membre supérieur était observée chez 46 % des adolescents, tandis que les
atteintes bilatérales concernaient 38 %.
Tableau 3. Répartition du siège anatomique des automutilations.
|
Variable |
n |
% / valeur |
|
Avant-bras uniquement |
19 |
38,0 |
|
Bras uniquement |
15 |
30,0 |
|
Bras + avant-bras |
11 |
22,0 |
|
Membre inférieur uniquement |
3 |
6,0 |
|
Abdomen |
1 |
2,0 |
|
Membre supérieur + membre inférieur |
1 |
2,0 |
|
Atteinte d’un membre supérieur, toutes formes |
46 |
92,0 |
|
Avant-bras gauche (siège
précis) |
13 |
26,0 |
Les troubles de l’humeur constituaient la principale comorbidité confirmée (54 %), suivis des troubles du sommeil (50 %), des troubles anxieux
(38 %), du psychotraumatisme/TSPT (26 %) et des troubles du comportement
alimentaire (16 %). La figure 4 présente les cinq principales comorbidités
retenues.
Sur le plan dimensionnel, 86 % des adolescents
présentaient une dysrégulation émotionnelle modérée ou élevée, 82 % une
impulsivité modérée ou élevée, 84 % une estime de soi faible ou fragile et 84 %
une irritabilité modérée
ou importante. Le fonctionnement global était modérément ou sévèrement altéré chez 68 %.
Tableau 4. Principales comorbidités psychiatriques confirmées.
|
Variable |
n |
% / valeur |
|
Troubles de l’humeur confirmés |
27 |
54,0 |
|
Troubles du sommeil
confirmés |
25 |
50,0 |
|
Troubles anxieux confirmés |
19 |
38,0 |
|
Psychotraumatisme/TSPT confirmé |
13 |
26,0 |
|
Troubles du comportement alimentaire confirmés |
8 |
16,0 |
Des conflits familiaux importants et des difficultés
relationnelles avec les pairs étaient retrouvés chacun chez 46 % des adolescents. Un événement traumatique était documenté chez 34 %, un isolement social chez 36 %, une utilisation problématique d’Internet chez
38 %, un harcèlement scolaire ou cyberharcèlement chez 20 % et une
maltraitance ou négligence chez 18 %. Le
soutien familial était jugé faible chez 32 %, moyen chez
40 % et bon chez 20 % des adolescents ; il n’était pas évalué dans 8 % des
dossiers.
Tableau 5. Principaux facteurs psychosociaux retrouvés.
|
Variable |
n |
% / valeur |
|
Événement traumatique |
17 |
34,0 |
|
Maltraitance/négligence documentée |
9 |
18,0 |
|
Harcèlement scolaire/cyberharcèlement |
10 |
20,0 |
|
Conflits familiaux importants |
23 |
46,0 |
|
Difficultés relationnelles avec les pairs |
23 |
46,0 |
|
Isolement social |
18 |
36,0 |
|
Utilisation problématique d’Internet |
19 |
38,0 |
|
Soutien familial faible |
16 |
32,0 |
Une intervention familiale était proposée ou réalisée
chez 44 % des adolescents et un traitement médicamenteux chez 42 %. Une psychothérapie associée à une intervention familiale constituait le plan
de suivi principal chez 24 %, un suivi ambulatoire rapproché chez 22 % et une
psychothérapie individuelle chez 20 %. Une
orientation hospitalière ou une évaluation urgente était
indiquée chez 16 % des adolescents.
Dans notre pratique, l’intervention familiale
ne se limite pas à un entretien ponctuel
: elle associe selon les
besoins des entretiens avec les parents, une psychoéducation familiale,
une guidance parentale et un
travail sur la communication intrafamiliale et les facteurs déclenchants ou de
maintien du comportement.
Tableau 6. Modalités
de prise en charge documentées dans les dossiers.
|
Variable |
n |
% / valeur |
|
Intervention familiale |
22 |
44,0 |
|
Traitement médicamenteux |
21 |
42,0 |
|
Hospitalisation indiquée / orientation urgente |
8 |
16,0 |
|
Psychothérapie + intervention familiale |
12 |
24,0 |
|
Suivi ambulatoire rapproché |
11 |
22,0 |
|
Psychothérapie individuelle |
10 |
20,0 |
|
Hospitalisation / évaluation urgente dans le plan |
10 |
20,0 |
|
Suivi + traitement médicamenteux |
5 |
10,0 |
|
Suivi multidisciplinaire |
2 |
4,0 |
Notre étude met en évidence
des comportements d’automutilation non suicidaire apparaissant au début de
l’adolescence, souvent répétitifs, à prédominance féminine et très
majoritairement localisés aux membres supérieurs. Ils s’inscrivent dans un
contexte de dysrégulation émotionnelle importante, de comorbidités psychiatriques et de facteurs
familiaux et relationnels fréquents. Ces résultats
soutiennent une approche clinique globale, centrée à la fois sur le
geste, sa fonction et le contexte psychopathologique.
L’âge moyen de 15,28 ans et l’âge moyen de début de 13,62
ans sont concordants avec les données situant le pic des NSSI au milieu de
l’adolescence [1,2] et avec un âge médian de début de 14 ans rapporté en
population clinique [3]. Cette période correspond à une phase de forte
réactivité émotionnelle, de remaniements identitaires, de transformations corporelles et d’auto-nomisation encore incomplète. Lorsque les capacités
de verbalisation et de régulation sont insuffisantes, le recours au corps peut devenir un moyen immédiat de gérer une tension
difficilement tolérable. Ainsi, le début
et le milieu de l’adolescence constituent une période
particulièrement importante pour le dépistage précoce.
Les filles représentaient 68 % de notre échantillon. Une
prédominance féminine est régulièrement retrouvée en population clinique [1,3].
Elle pourrait être liée à la fréquence plus importante chez les adolescentes de
manifestations internalisées telles que la dépression, l’anxiété, la rumination
et certaines difficultés de régulation émotionnelle, mais aussi à des
différences dans les modalités d’expression de la souffrance et de recours aux
soins [6]. À l’inverse, des conduites plus externalisées chez certains garçons
peuvent être moins facilement identifiées comme automutilatoires.
Cette inter-prétation reste hypothétique : notre
série clinique ne permet pas d’estimer une différence de prévalence entre les
sexes dans la population générale. Ainsi, la prédominance féminine observée
doit être comprise comme une caractéristique clinique de notre population plutôt que comme une conclusion épidémiologique générale.
Le caractère répétitif
ou récurrent concernait 76 % des adolescents. Le soulagement temporaire observé après le geste chez 58 % peut contribuer à renforcer le
comportement : lorsqu’un acte diminue rapidement la tension, même brièvement,
il peut devenir une stratégie réutilisée lors de crises ultérieures. La répétition apparaît
donc non seulement comme un marqueur
de sévérité, mais également
comme le reflet de l’installation progressive d’une stratégie dysfonctionnelle
de régulation émotionnelle [1,3]. Ce résultat justifie d’intervenir précocement
sur les alternatives au passage à l’acte avant que le comportement ne devienne
une réponse habituelle à la détresse.
Les membres supérieurs étaient concernés dans 92 % des
cas, avec une prédominance de l’avant-bras
gauche. Les zones accessibles, notamment les bras, sont fréquemment décrites
dans les NSSI [1,3].
L’avant-bras est facilement accessible, permet un
contrôle relativement précis du geste et peut être dissimulé sous les
vêtements. La prédominance gauche pourrait correspondre à l’utilisation de la
main droite dominante, mais la latéralité manuelle n’ayant pas été recueillie,
cette hypothèse ne peut être vérifiée. Le choix
de cette zone peut également traduire une ambivalence entre le souhait
de dissimuler la lésion et
la possibilité qu’elle devienne visible
comme expression indirecte
d’une souffrance difficile
à verbaliser. Ainsi, l’avant-bras semble constituer un site privilégié
par sa facilité d’accès, le contrôle qu’il autorise et sa possibilité de
dissimulation.
Le soulagement d’une tension émotionnelle était la fonction
principale la plus fréquente, tandis
que 86 % des adolescents présentaient une dysrégulation émotionnelle
modérée ou élevée. Ces données concordent avec les modèles fonctionnels dans
lesquels la NSSI sert à réduire rapidement des états émotionnels négatifs
[1,3,4]. L’auto-punition et l’expression d’une
souffrance peuvent par ailleurs s’inscrire dans un contexte de culpabilité, de
dévalorisation ou d’impossibilité de communiquer directement la détresse. Ces
résultats renforcent la nécessité de travailler en psychothérapie sur l’identification, la verbalisation et la régulation des émotions ainsi
que sur des stratégies alternatives à l’automutilation.
Les troubles de l’humeur et anxieux étaient fréquents,
mais la diversité diagnostique confirme que la NSSI n’est pas spécifique d’un
trouble donné [3]. Elle peut être comprise comme un marqueur transversal de difficulté de régulation émotionnelle et de souffrance psychique. L’évaluation ne doit donc pas s’arrêter à la lésion : elle
doit rechercher une dépression, une anxiété, un psychotraumatisme, une
impulsivité élevée, une faible estime de soi et les autres comorbidités
susceptibles d’entretenir la conduite. En pratique, le traitement du trouble
associé constitue un axe essentiel pour réduire la vulnérabilité qui entoure le
comportement automutilatoire.
Les conflits familiaux et les difficultés avec les pairs
concernaient chacun 46 % de notre population. Les relations familiales et la qualité de la communication
parents-adolescent sont régulièrement retrouvées parmi les facteurs associés
aux NSSI [4]. Dans la même unité, une étude portant sur les tentatives de
suicide avait également mis en évidence une fréquence élevée des conflits
parentaux et des difficultés relationnelles [7]. La famille peut ainsi
constituer à la fois un facteur de vulnérabilité et une ressource
thérapeutique. Cette observation justifie la place importante accordée aux
entretiens familiaux, à la psychoéducation et à la guidance parentale dans
notre prise en charge.
Un événement traumatique était retrouvé chez 34 % et
une maltraitance ou négligence chez 18 %. Une
méta-analyse récente retrouve une association entre les différentes formes de
maltraitance durant l’enfance et les NSSI, particulièrement pour la maltraitance émotionnelle et sexuelle [5].
Notre étude ne comportant pas de groupe témoin, ces antécédents ne peuvent
toutefois pas être interprétés comme des causes. Le harcèlement et les usages
numériques doivent également être explorés, la victimisation
étant associée à des profils combinant NSSI et symptômes
dépressifs [6]. Ainsi, l’entretien clinique doit dépasser le comportement lui-même et
explorer l’ensemble de l’environnement familial, scolaire, relationnel et
numérique de l’adolescent.
La NSSI est parfois banalisée par l’adolescent, sa famille ou l’environnement parce
que le geste n’a pas pour objectif immédiat de mourir.
Cette banalisation peut pourtant retarder la demande de soins. La répétition
des gestes, leur retentissement fonctionnel, les lésions somatiques,
l’intensité de la dysrégulation émotionnelle et la coexistence possible d’une
suicidalité au cours de l’évolution imposent une évaluation rigoureuse [1,7].
En pratique, chaque épisode doit être replacé dans son contexte de crise : intensité de la tension, contrôle du comportement,
facteurs déclenchants, ressources disponibles et capacités de surveillance.
Ainsi, le caractère « non suicidaire » du geste ne signifie pas absence de
gravité et ne dispense jamais d’une évaluation du risque suicidaire.
La prise en charge débute par un accueil de l’adolescent
dans un cadre contenant, non jugeant et sécurisant. Ce premier temps
vise à créer une alliance thérapeutique et à évaluer
le signe fonctionnel : fréquence et répétition des gestes, siège, circonstances,
facteurs déclenchants, fonction recherchée, retentissement, gravité somatique
et niveau de crise. Une évaluation du risque suicidaire est réalisée
systématiquement afin de distinguer la NSSI d’un geste suicidaire et
d’apprécier le niveau de sécurité nécessaire.
Dans un second
temps, l’équipe recherche la cause clinique
ou, plus précisément, les facteurs associés, sous-jacents ou de maintien :
trouble dépressif ou anxieux, dysrégulation émotionnelle, impulsivité, psychotraumatisme,
faible estime de soi, difficultés familiales, harcèlement, difficultés
scolaires ou relationnelles. Cette démarche
permet de ne pas traiter
uniquement le symptôme
mais également les mécanismes qui favorisent sa
répétition.
La psychothérapie constitue l’axe central du traitement. Selon
la formulation clinique, elle peut associer une psychothérapie de soutien,
une approche cognitivo-comportementale,
psychodynamique ou interpersonnelle. Le travail symptomatique porte sur
l’identification et la verbalisation des émotions, l’apprentissage de
stratégies alternatives à l’automutilation et la prévention des récidives. Le
travail portant sur les facteurs
sous-jacents explore les troubles associés, les expériences traumatiques et les difficultés familiales ou
interpersonnelles.
Cette prise en charge individuelle est complétée par des
thérapies de groupe hebdomadaires organisées
dans le service
: un atelier de gestion
des émotions, un atelier consacré
à la crise suicidaire et
un atelier de l’adolescence. Ces espaces permettent de travailler la
reconnaissance et l’expression des émotions, les facteurs déclenchants, les
stratégies d’adaptation, l’estime de soi, les relations avec les pairs et les
problématiques identitaires propres à l’adolescence.
La psychoéducation est proposée à l’adolescent et à sa
famille afin d’expliquer les fonctions possibles de l’automutilation, les
facteurs déclenchants, les signes d’aggravation et les conduites à tenir. La
guidance parentale vise à améliorer la communication intrafamiliale, à diminuer
la banalisation comme les réactions excessives, à renforcer les capacités de soutien et à aider
les parents à repérer les signes
d’alerte. L’intervention familiale comprend donc les entretiens avec les
parents, la psychoéducation, la guidance parentale et, lorsque cela est
nécessaire, un travail conjoint sur les conflits et les interactions familiales.
Les médicaments ciblent les comorbidités et non
l’automutilation elle-même. Dans notre pratique clinique, la sertraline à la dose de 50 mg/j peut être utilisée lorsque
l’indication d’un traitement médicamenteux d’un trouble anxieux est retenue,
tandis que la fluoxétine à la dose de 20 mg/j peut être prescrite dans les troubles
dépressifs. Le choix
thérapeutique, la posologie et la durée
du traitement sont adaptés à l’évaluation clinique, à
la tolérance et à l’évolution de chaque adolescent.
Lorsque la situation permet un maintien ambulatoire, le suivi peut être rapproché avec une réévaluation
à 48 heures. Les situations complexes sont discutées dans le cadre
d’une supervision clinique
régulière avec la professeure responsable de l’unité, afin de réévaluer
le diagnostic, le niveau de risque, l’indication thérapeutique et l’intensité
du suivi.
Une orientation vers l’hospitalisation est indiquée
lorsque la sécurité ne peut être assurée en ambulatoire, notamment en cas de
niveau de Risque-Urgence-Dangerosité (RUD) élevé, de risque suicidaire majeur,
d’agitation extrême, de désorganisation psychopathologique importante, de gravité somatique ou d’impossibilité de
surveillance familiale. L’absence d’unité dédiée d’hospitalisation
pédopsychiatrique à Marrakech conduit alors à une orientation vers une
structure adaptée [7].
Ainsi, la prise en charge développée dans notre unité
suit une logique progressive : accueil et sécurisation, évaluation du signe
fonctionnel, recherche des facteurs sous-jacents, psychothérapie,
psychoéducation, guidance parentale, traitement des comorbidités, ateliers de groupe,
suivi rapproché et
supervision. Cette organisation vise à réduire
la répétition du geste tout en
améliorant les capacités de régulation émotionnelle et le fonctionnement
global de l’adolescent.
Cette étude apporte des données locales sur un phénomène
encore peu documenté à Marrakech et décrit conjointement les caractéristiques
des automutilations, leur siège anatomique, les comorbidités, les facteurs
psychosociaux et les modalités de prise en charge. Son caractère rétrospectif
expose cependant à des données manquantes et dépend de la qualité des dossiers.
L’effectif de 50 adolescents, le caractère monocentrique et l’absence
de groupe témoin
limitent la généralisation et toute interprétation
causale. La méthode précise d’automutilation n’était pas systématiquement
documentée. Enfin, la distinction entre NSSI et geste
suicidaire repose sur la qualité
de la documentation de l’intention au moment de l’acte.
Les comportements d’automutilation non suicidaire observés
chez les adolescents suivis en consultation de pédopsychiatrie au CHU
Mohammed VI de Marrakech apparaissent précocement, sont souvent répétitifs et
concernent majoritairement les filles. Les membres supérieurs, en particulier
les avant-bras, représentent le siège
anatomique prédominant, probablement en raison de leur accessibilité, du contrôle possible
du geste et de leur facilité de dissimulation.
La régulation émotionnelle occupe une place
centrale dans ces conduites, dans un contexte
marqué par la fréquence des
troubles de l’humeur, de l’anxiété, de la dysrégulation émotionnelle et des
difficultés familiales ou relationnelles. Le comportement ne doit donc pas être
banalisé : même lorsqu’il est non suicidaire, il peut traduire une crise psychique
importante et s’inscrire dans une trajectoire de vulnérabilité.
La prise en charge doit être
globale et individualisée.
Dans notre unité, elle associe
accueil et évaluation
clinique, recherche des facteurs sous-jacents, psychothérapie individuelle,
ateliers thérapeutiques de groupe, psychoéducation, guidance parentale,
traitement des comorbidités, suivi ambulatoire rapproché avec possibilité de
réévaluation à 48 heures et supervision clinique. L’hospitalisation est
réservée aux situations dans lesquelles la sécurité ne peut
être assurée en ambulatoire. Cette approche
vise à réduire le recours à l’automutilation tout en
renforçant les capacités de régulation émotionnelle et les ressources de
l’adolescent et de sa famille.
Les auteurs déclarent ne pas avoir
de conflits d’intérêts.
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